Ouest contre Ouest se clôture sur le même ton : « La civilisation est un pari. Double. Contre ce qui la nie et la menace d’annihilation. Contre elle-même, trop souvent complice passive ou aventuriste de sa disparition. »
Chacun est charbonnier chez soi
Samedi 18 octobre, 10 h, dans la salle Paul Bastide de l’Opéra du Rhin, dorures, portes-fenêtres immenses laissant entrer le soleil. Toutes les chaises sont prises. Le psychanalyste Jean-Richard Freymann accueille un Glucksmann attentif (et peut-être un brin sur ses gardes), sur la question du Bien et du Mal, mais démarre son questionnement sur l’« éventuelle schiz qui fendrait l’auteur en deux personnages distincts, celui des Lettres immorales d’Allemagne et de France et celui d’Ouest contre Ouest. Etes-vous un philosophe, un épistémologue de la question de la guerre, sur la guerre en général et celles d’aujourd’hui en particulier ?»
L’"analysé" n’en croit rien. « Le Bien et le Mal s’interrogent sur une expérience propre. Et il n’y a pas de schiz chez moi ! C’est toujours le même homme qui rédige tous ses livres et articles. Même s’il semble y avoir des contradictions. Par exemple, dans les années 80, en Allemagne, lors de la crise des Pershing, j’étais invité à la Foire du Livre de Francfort comme homme de gauche et en même temps, des anarchistes me donnaient le Kriegs un Nazi Litteratur Preis. Mon dernier livre, je l’assume à 100 %, alors que je savais que j’étais ultra-minoritaire, en butte à l’unanimité nord-coréenne de notre pays ! » Retour à la psychanalyse freudienne. Au sujet du Mal, ce qui intéresse le penseur, c’est le crime d’indifférence, comme le dit Hermann Broch. « Le diagnostic sur la prime jeunesse d’Hitler ne me dit rien. Rappelons-nous de la phrase de Thomas Mann : Hitler, c’est moi ! Voilà qui est passionnant. L’indifférence des gens de l’ONU par exemple, lors du massacre du Rwanda. Autre chose : comment se pose la question du nihilisme, par rapport aux structures élémentaires ? Car le nihilisme est le noyau de tous les fascismes, de tous les totalitarismes. »
Freymann évoque alors longuement au sujet de l’Irak et des conflits en général le rôle des médias et de la télévision, en particulier. Là encore, son interlocuteur prend le contre-pied des lieux communs : « La télé informe réellement les gens, même ceux du peuple. Chacun a accès aux informations. Sauf que, le commentaire est en cause, trop souvent biaisé. La société de consommation ne nous manipule pas, la télé c’est pas le diable et nous sommes plus responsables qu’il y a 100 ans, dans notre vie citoyenne. »
Au sortir de cette ultime rencontre, sur le trajet du retour, la matinée s’achèvera par un détour dans une célèbre pâtisserie de la ville, sur un ton plus léger, entre bretzels et kougelopfs… Mais il reste un dernier balayage à opérer sur l’homme qui nous intéresse…
La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens
Encore une phrase de Clausewitz pour finir. Encore une vérité. Comme si ce thème émergeait régulièrement à la surface des livres, des articles de notre Nouveau Philosophe, bien revenu de ses errances marxistes. André Glucksmann n’est pas Cassandre pour autant. Il a l’énergie de s’engager pour des causes souvent difficiles, souvent impopulaires. Il s’interroge peut-être trop souvent sur le cas extrême, l’hybris, où se situe l’inhumain.
Il y a quelques années, en 1997, il demanda à Christian Bourgois (habituel éditeur, avec Gallimard en France, des livres d’Ernst Jünger) de rééditer le stupéfiant La guerre comme expérience intérieure, datant de 1922. Revenant inlassablement sur son expérience de la première guerre mondiale et sur ses Orages d’acier, Jünger y est hallucinant et prémonitoire : « Cette guerre n’est pas le final de la violence, elle en est le prélude. Elle est la forge où le monde est martelé en frontières nouvelles et nouvelles communautés. »
Soixante-quinze ans plus tard, Glucksmann rappelle que non, l’horreur de la guerre n’est pas nouvelle et surtout pas réservée à des contrées lointaines : « Par pitié, que l’Européen, encoconné dans sa toute récente innocence, ne fasse point mine de n’y rien comprendre, qu’il ne s’interloque pas de la sauvagerie des autres, en ignorant qu’elle fut, de part en part, sienne. »
A livre ouvert
À l’occasion des septièmes et huitièmes Conversations à Strasbourg, dédiées à André Glucksmann et Tzvetan Todorov, des lectures de leurs derniers livres Ouest contre Ouest et Le nouveau désordre mondial ont été données à l’Hôtel de Ville. Un nouveau type de rapport au livre, ayant le mérite de faire vivre le texte.
20 h, un salon d’habitude réservé aux mariages civils. Dorures, fleurs, miroirs et parquet, pour une initiative autour de la lecture à voix haute. Mieux encore, les comédiens Alain Moussay et Luc Schillinger profitent de l’occasion pour quasiment interpréter les extraits des livres proposés. Revivifiant littéralement ces textes, qui a priori n’étaient pas destinés à êtres lus ainsi, ils leur donnent une voix neuve, palpitante. Le premier et le dernier chapitre de Ouest contre Oues (Plon) d’André Glucksmann seront lus le premier soir. Deux faces d’un même engagement, deux faces d’un même homme, qui d’abord constate son impuissance à convaincre les hommes politiques de leur éventuelle erreur quant à la question irakienne. Et l’autre aspect, prophétique, sombre. Une dénonciation du nihilisme contemporain mais aussi un livre d’éveil des consciences. Pour cet intellectuel aux engagements forts, la question de l’Irak - comme auparavant celle de l’Afghanistan ou du Rwanda - participe du même élan meurtrier. Mais elle est de celles que les Occidentaux pourraient régler « s’ils ne jouaient pas Ouest contre Ouest ». Ainsi, cet essai fait pour une analyse personnelle se pare de nouvelles vertus, de texte incantatoire, jeu entre les deux comédiens, qui tantôt interprètent le narrateur, tantôt se regardent, tantôt s’interpellent. Du coup, la lecture à voix haute fait merveille dans un genre particulier, réservé à des textes littéraires : « A Ground Zero, la foudre a frappé, irrévocable : il n’y a pas d’au-delà à l’histoire millénaire et quotidienne, sale en même temps qu’héroïque, et comme toujours transie de bruits et de fureurs. Nous ne sortons pas de la tragédie. Oreste et Hamlet, Antigone, Iphigénie et Cressida demeurent à jamais nos contemporains. »
La lecture du livre de Tzvetan Todorov Le nouveau désordre mondial - Réflexions d’un Européen (Robert Laffont) profite aussi du dialogue entre Luc Schillinger et Alain Moussay. En particulier, les passages sur l’identité européenne : « Mais l’identité européenne actuelle n’est pas une simple donnée historique ou géographique, même si elle y trouve sa source. Détachées de leur contexte d’origine, certaines valeurs se sont agrégées dans ce qu’on pourrait appeler le projet européen - et l’adhésion à ce projet est ouverte à toutes les bonnes volontés, d’où qu’elles viennent. Leur source est locale ; leur appel est universel. »
Tout sera dit en une dernière phrase, saisie au vol, entre les deux comédiens, qui récapitulent discrètement leur soirée, après leur performance : « il est important de s’écouter ! ». Voilà effectivement une bonne définition de A livre ouvert…
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Sunday, August 26, 2007
Los pacifistas son ilusos peligrosos.
André Glucksmann: Los pacifistas son ilusos peligrosos; su idea es que les dejen tomar el té tranquilos
Carmen Méndez. Madrid
André Glucksmann es el enfant terrible de los pensadores franceses. Siempre polémico, apoyó desde el primer momento la intervención en Irak, defiende el derecho a la injerencia y pide una Europa que luche contra el terrorismo codo con codo junto a Estados Unidos.
“Demasiado respeto mata”. André Glucksmann deja caer la frase mientras sonríe con ese aire pop que tiene a lo Andy Warhol. “La supuesta legitimidad de un Consejo de Seguridad de la ONU que a menudo se muestra sordo y ciego no autoriza a dejar que los horrores aumenten y perseveren”.
El debate (y la polémica) están servidos. El filósofo francés, que ha presentado en España su último libro, Occidente contra Occidente (Taurus), sabe que sus opiniones no son políticamente correctas. Y está encantado de que sea así. La tesis de este ensayo breve –que desmonta la famosa teoría de Samuel Huntington del choque de civilizaciones– es que Occidente (término en el que engloba a los países democráticos) está “adormecido por el espejismo de la posguerra definitiva” y prefiere no enfrentarse al gran enemigo del siglo XXI, el nihilismo terrorista.
Pregunta: En su libro acusa a parte de Europa de utilizar la técnica del avestruz.
Respuesta: Para evitar el estupor que causó el 11–S, las elites europeas han preferido fabricarse un mundo confortable para huir de una realidad muy engorrosa. Han separado a cuchillo la cultura europea y la norteamericana porque quieren dormir tranquilos. Se ha fomentado el antiamericanismo. Creen que la amenaza del terrorismo nihilista sólo concierne a Estados Unidos, piensan. En parte, ellos se lo han buscado, por imperialistas. Se equivocan. Atocha ha confirmado que esta amenaza no es exclusiva de los norteamericanos.
P.: ¿Es un choque de civilizaciones?
R.: Para nada. Es un choque entre civilización y nihilismo. Los nihilistas están en el mundo musulmán, en Europa, en Asia, en todas partes. Destruyen por el placer de destruir. Lo hacen en nombre de la religión o del futuro.
P.: ¿Y cómo se defiende la civilización del nihilismo?
R.: Si hace falta, con la guerra.
P.: ¿Por eso defiende el derecho a la injerencia?
R.: Sí, porque el terrorismo, la tortura y la esclavitud bastan para legitimar la acción emprendida contra esas plagas.
P.: Como el historiador griego Tucídides, usted recuerda que los conflictos más intensos son los que enfrentan a iguales. Europa, ¿se ha equivocado de enemigo?
R.: No podemos hablar de Europa como si fuera un bloque, porque está dividida. Creo que Francia y Alemania se han equivocado hasta el fondo, porque consideraron que era mejor que permaneciera en Bagdad el dictador Sadam Husein que no ver a Bush entrar en Bagdad. Europa se dividió y de esa escisión son responsables quienes se unieron para luchar contra la guerra de Irak.
P.: ¿Cree que el eje París-Berlín tiene futuro?
R.: Espero que no. Quiero destacar que el hombre que me parece más inteligente dentro de ese campo de la paz es el ministro alemán de Exteriores, Joschka Fischer. Ha declarado, contradiciéndose, que no era conveniente crear un núcleo duro para dirigir Europa, y que no hay que luchar contra Estados Unidos sino contra el terrorismo. Pero volviendo al eje París–Berlín, creo que no tiene futuro. Sí lo tiene –y me preocupa mucho más– el eje París-Moscú. Es un enorme problema para el campo de la paz preferir a Putin antes que a Bush.
P.: ¿Por qué le preocupa tanto Putin?
R.: Rusia es peligrosa para todos los que le rodean: es el país que está llevando a cabo la peor guerra que existe hoy, la de Chechenia, una guerra de exterminación contra un pueblo muy pequeño. Rusia es miembro permanente del Consejo de Seguridad de la ONU y se permite como tal condenar a todo un pueblo a la muerte. Sólo he visto manifestaciones contra Bush, no contra Putin, que no ha dudado en arrasar Grozny, la capital chechena, de 400.000 habitantes. Putin, además, está mermando las pocas libertades que había concedido Yelt-sin al pueblo ruso, como la prensa y la de opinión. El mayor problema que representa Rusia es el poder que tiene de molestar. Y se le permite.
P.: ¿El terrorismo checheno forma parte de ese nihilismo?
R.: Es cierto que hay formas de terrorismo nihilista checheno, como quienes secuestraron un teatro en Moscú, pero son una minoría. La mayoría de los chechenos está en contra de estos ataques contra los civiles y de quienes actúan como kamikazes. Pero existe el peligro de que todo esto derive en algo peor, porque Putin actúa como un bombero pirómano. El Ejército ruso ya lo hizo en Afganistán cuando devastó el país.
P.: ¿Qué papel juega la ONU en todos estos conflictos?
R.: Hay que reformarla. El Consejo de Seguridad ya no refleja el equilibrio de poder actual. Es una organización donde la mitad de los países están lejos de ser democráticos. La ONU ha dejado que sucedan dos genocidios, el de Camboya y el de Ruanda. Y en 2003, la comisión de derechos humanos estuvo dirigida por Libia. El régimen de Gadafi ha ocasionado más muertos que todo el Ejército americano en la intervención en Irak.
P.: ¿Por qué considera a los nuevos grupos pacifistas “cómplices del mal”?
R.: Son peligrosos porque son ilusos. Son buenos: quieren luchar contra las injusticias, como Don Quijote. Muchos manifestantes en Londres llevaban pancartas donde ponía ‘Make tea not war’. De acuerdo, bebamos tranquilos nuestro té porque la guerra es algo muy malo. Quienes se manifestaron contra la guerra de Irak lo hicieron por su paz, no por la de los iraquíes. Yo felicito a quienes se han atrevido a intervenir contra Sadam Husein. No se puede gritar con inocencia ¡viva la paz! cuando se trata de la paz eterna de las fosas comunes.
Carmen Méndez. Madrid
André Glucksmann es el enfant terrible de los pensadores franceses. Siempre polémico, apoyó desde el primer momento la intervención en Irak, defiende el derecho a la injerencia y pide una Europa que luche contra el terrorismo codo con codo junto a Estados Unidos.
“Demasiado respeto mata”. André Glucksmann deja caer la frase mientras sonríe con ese aire pop que tiene a lo Andy Warhol. “La supuesta legitimidad de un Consejo de Seguridad de la ONU que a menudo se muestra sordo y ciego no autoriza a dejar que los horrores aumenten y perseveren”.
El debate (y la polémica) están servidos. El filósofo francés, que ha presentado en España su último libro, Occidente contra Occidente (Taurus), sabe que sus opiniones no son políticamente correctas. Y está encantado de que sea así. La tesis de este ensayo breve –que desmonta la famosa teoría de Samuel Huntington del choque de civilizaciones– es que Occidente (término en el que engloba a los países democráticos) está “adormecido por el espejismo de la posguerra definitiva” y prefiere no enfrentarse al gran enemigo del siglo XXI, el nihilismo terrorista.
Pregunta: En su libro acusa a parte de Europa de utilizar la técnica del avestruz.
Respuesta: Para evitar el estupor que causó el 11–S, las elites europeas han preferido fabricarse un mundo confortable para huir de una realidad muy engorrosa. Han separado a cuchillo la cultura europea y la norteamericana porque quieren dormir tranquilos. Se ha fomentado el antiamericanismo. Creen que la amenaza del terrorismo nihilista sólo concierne a Estados Unidos, piensan. En parte, ellos se lo han buscado, por imperialistas. Se equivocan. Atocha ha confirmado que esta amenaza no es exclusiva de los norteamericanos.
P.: ¿Es un choque de civilizaciones?
R.: Para nada. Es un choque entre civilización y nihilismo. Los nihilistas están en el mundo musulmán, en Europa, en Asia, en todas partes. Destruyen por el placer de destruir. Lo hacen en nombre de la religión o del futuro.
P.: ¿Y cómo se defiende la civilización del nihilismo?
R.: Si hace falta, con la guerra.
P.: ¿Por eso defiende el derecho a la injerencia?
R.: Sí, porque el terrorismo, la tortura y la esclavitud bastan para legitimar la acción emprendida contra esas plagas.
P.: Como el historiador griego Tucídides, usted recuerda que los conflictos más intensos son los que enfrentan a iguales. Europa, ¿se ha equivocado de enemigo?
R.: No podemos hablar de Europa como si fuera un bloque, porque está dividida. Creo que Francia y Alemania se han equivocado hasta el fondo, porque consideraron que era mejor que permaneciera en Bagdad el dictador Sadam Husein que no ver a Bush entrar en Bagdad. Europa se dividió y de esa escisión son responsables quienes se unieron para luchar contra la guerra de Irak.
P.: ¿Cree que el eje París-Berlín tiene futuro?
R.: Espero que no. Quiero destacar que el hombre que me parece más inteligente dentro de ese campo de la paz es el ministro alemán de Exteriores, Joschka Fischer. Ha declarado, contradiciéndose, que no era conveniente crear un núcleo duro para dirigir Europa, y que no hay que luchar contra Estados Unidos sino contra el terrorismo. Pero volviendo al eje París–Berlín, creo que no tiene futuro. Sí lo tiene –y me preocupa mucho más– el eje París-Moscú. Es un enorme problema para el campo de la paz preferir a Putin antes que a Bush.
P.: ¿Por qué le preocupa tanto Putin?
R.: Rusia es peligrosa para todos los que le rodean: es el país que está llevando a cabo la peor guerra que existe hoy, la de Chechenia, una guerra de exterminación contra un pueblo muy pequeño. Rusia es miembro permanente del Consejo de Seguridad de la ONU y se permite como tal condenar a todo un pueblo a la muerte. Sólo he visto manifestaciones contra Bush, no contra Putin, que no ha dudado en arrasar Grozny, la capital chechena, de 400.000 habitantes. Putin, además, está mermando las pocas libertades que había concedido Yelt-sin al pueblo ruso, como la prensa y la de opinión. El mayor problema que representa Rusia es el poder que tiene de molestar. Y se le permite.
P.: ¿El terrorismo checheno forma parte de ese nihilismo?
R.: Es cierto que hay formas de terrorismo nihilista checheno, como quienes secuestraron un teatro en Moscú, pero son una minoría. La mayoría de los chechenos está en contra de estos ataques contra los civiles y de quienes actúan como kamikazes. Pero existe el peligro de que todo esto derive en algo peor, porque Putin actúa como un bombero pirómano. El Ejército ruso ya lo hizo en Afganistán cuando devastó el país.
P.: ¿Qué papel juega la ONU en todos estos conflictos?
R.: Hay que reformarla. El Consejo de Seguridad ya no refleja el equilibrio de poder actual. Es una organización donde la mitad de los países están lejos de ser democráticos. La ONU ha dejado que sucedan dos genocidios, el de Camboya y el de Ruanda. Y en 2003, la comisión de derechos humanos estuvo dirigida por Libia. El régimen de Gadafi ha ocasionado más muertos que todo el Ejército americano en la intervención en Irak.
P.: ¿Por qué considera a los nuevos grupos pacifistas “cómplices del mal”?
R.: Son peligrosos porque son ilusos. Son buenos: quieren luchar contra las injusticias, como Don Quijote. Muchos manifestantes en Londres llevaban pancartas donde ponía ‘Make tea not war’. De acuerdo, bebamos tranquilos nuestro té porque la guerra es algo muy malo. Quienes se manifestaron contra la guerra de Irak lo hicieron por su paz, no por la de los iraquíes. Yo felicito a quienes se han atrevido a intervenir contra Sadam Husein. No se puede gritar con inocencia ¡viva la paz! cuando se trata de la paz eterna de las fosas comunes.
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Alcune obiezioni ai deliri antioccidentali dei finti ingenui
di André Glucksmann
IL FOGLIO, 6 settembre 2003
La peste terrorista, portato della lunga durata delle tragedie del Ventesimo secolo, non può essere ridotta alla brusca trovata di un cervello esaltato, non è la "guerra di bin Laden", di al Qaeda o di qualche emulo, ma molto di più. Non è una o tante guerre, ma si rivela, a livello planetario, come uno "stato di guerra". Così il Diciottesimo secolo definì il rapporto di belligeranza sotteso alla coeistenza delle potenze europee, sia in condizioni di tregua che di aperta ostilità. Allo stesso modo, il terrorismo odierno non nasce da questa o quella guerra, ma si produce e riproduce a partire da uno stato generalizzato di guerra, dall'intreccio universale delle capacità di nuocere sul piano fisico e mentale, latente o effettivo. Da qui, un'inevitabile tendenza al contagio per rivalità o imitazione, che impedisce di attribuire a un unico focolaio un'infezione così generalizzata.
Il pericolo immediato è di cedere al panico, nel tentativo di occultare la dura realtà della sfida. Primo delirio di negazione: quello degli antiamericani che leggono nei fondi del caffè e predicono dottamente che se "l'Impero" è stato punito per i suoi peccati, i semplici cittadini, "lavoratori e lavoratrici", non hanno nulla da temere, perché la cosa non li riguarda.
Un secondo delirio, stavolta antimusulmano, stigmatizza in blocco un miliardo e trecento milioni di terrestri che non hanno beneficiato della rivelazione giudaico-cristiana. Come se l'integralismo islamista non attaccasse in primo luogo i musulmani, in Afghanistan come in Algeria, o al Qaida non reclutasse tra gli strati più occidentalizzati dell'Arabia e dell'Egitto. Bin Laden inganna la sua gente, Oriana Fallaci e molti altri s'ingannano invocando il conflitto di civiltà e la guerra di religione. Il terrorismo integralista non è un'arcaica ossessione per un passato superato. Gli angeli sterminatori sorgono dalla faccia oscura, massacratrice e nauseabonda della nostra ipermodernità. Il "fratello" islamico che sacrifica gli altri e se stesso è il gemello del bolscevico della Ceka e il doppio dell'eroe fascista che grida "viva la morte!". Saddam Hussein è il clone di tutti e tre.
Terzo delirio: quello degli sradicatori statalisti, che coltivano l'ingenuità di credere che il terrorismo sia appannaggio esclusivo degli irregolari senza Stato. Dimenticano cosa è successo appena ieri, il nostro passato più recente, il sanguinoso Ventesimo secolo con le sue ideologie devastatrici, i suoi Stati terroristi, e rifiutano la realtà di oggi: consideriamo, ancora una volta, il palmarès dell'esercito russo in Cecenia o quello di Kim Jong II Quarto delirio: quello di chi denuncia la povertà come causa del terrorismo. La stessa campana suona nei forum dei globalizzatori (Davos) e nei contro-forum paralleli (Porto Alegre): quando la miseria dei popoli sarà eliminata, con sistemi liberali oppure con procedure moral-sociali, il terrore sparirà dal mondo. Permettete qualche obiezione.
Da una parte questa affermazione è un insulto: i poveri non sono tutti terroristi, né in procinto di diventarlo. A Omar Sheik, il boia del giornalista Daniel Pearl, l'essere uscito dalle migliori scuole londinesi non ha impedito di fare letteralmente a pezzi la sua vittima. I piloti assassini dell'11 settembre erano rampolli di buona famiglia. Gli assassini del Gia hanno scoperto la loro vocazione perlopiù negli istituti scientifici di Algeri Desolato, ma le truppe di carnefici si reclutano piuttosto tra i garantiti e gli alfabetizzati. D'altra parte, se il terrore non viene bloccato prima dell'auspicabile e universale estinzione della povertà, tutti, poveri e privilegiati, in attesa di quel benedetto giorno saranno giustiziati. Il terrorismo va spiritualmente e materialmente combattuto in modo aperto. Battaglia di idee e prova di forza sul campo sono inevitabili per chi voglia sopravvivere.
Il finto ingenuo falsamente indignato, che si stupisce: "Perché chi plaude ai bombardamenti di Baghdad e Belgrado protesta contro quelli di Grozny?", trova la sua risposta all'angolo della strada. Se ne vada, naso in aria, a bighellonare nelle città di cui parla. Le prime due oggi respirano, e gli abitanti gli parleranno con calma e liberamente: se vorranno gridare, grideranno, se vorranno protestare, lo faranno (il primo giugno del 2003, a Baghdad, abbiamo potuto vedere, prima assoluta nella storia bellica, tremila soldati di un esercito sconfitto manifestare in tutta libertà per reclamare la loro paga: cosa di meglio?). Se vorranno festeggiare, lo faranno, così come se vorranno andarsene alla moschea, in chiesa, al caffè Non rimpiangono i loro dittatori decaduti, che hanno passivamente o attivamente contribuito ad abbattere. Sono usciti dalla loro piccola e grande morte. Le loro rispettive capitali non sono ammassi di rovine. Come Grozny, città morta che si visita in fuoristrada o in tank, scortati da soldati russi. Domandate ai "missi dominici" del Consiglio d'Europa, dell'Ocse e agli altri rari funzionari internazionali che vi si arrischiano, di raccontarvi le delizie turistiche in quello che fu un tempo il gioiello del Caucaso. A meno che non ci si intrufoli da clandestini, sans papiers, senza visto, senza protezione, come quel manipolo di giornalisti che affrontano i pericoli che il nostro falso ingenuo non vuole correre. Perché non ha bisogno di vedere, non ha bisogno di esaminare i danni, non ha bisogno di analizzare i risultati. Sa in anticipo che una guerra è una guerra, una vale l'altra, à la guerre comme à la guerre, o si distrugge tutto o non si ottiene niente. La pigrizia di pensare, camuffata da saggezza da imbecilli, serve da morbido guanciale all'adulatore dei prìncipi, che lava ogni loro carneficina, e all'imperativo della pace, che mette sullo stesso piano i boia, le vittime e gli eserciti che si schierano per gli uni o per le altre.
Da che l'uomo è uomo e la pietra viene tagliata, bisogna distinguere tra conflitti ripugnanti e altri che, volenti o nolenti, ci si ritiene costretti a ingaggiare. Si può, mano sul cuore, preferire la pace, ma il dilemma non è eliminato per questo. "Un conquistatore è sempre amico della pace vorrà pur entrare nel nostro stato senza opposizione" (Clausewitz), e chi vuole sfuggire all'oppressione o alla schiavitù non può escludere una resistenza violenta. "L'intelligente" che rifiuta di distinguere la guerre da fare da quelle da non fare, sbeffeggia e cade. Capitola di fronte alla difficoltà di riconoscere una scala di preferenze che gerarchizzi le violenze, tutte sanguinose e crudeli. Quindi conviene non raddoppiare l'imbarazzo e dargli ragione, inebriandosi dell'ideale di una "guerra giusta".
La pretesa di "giustificare" l'impiego delle armi per motivi teologici fu abbandonata da un Occidente in via di laicizzazione. Una serie di grandi giureconsulti europei orientano, tra Sedicesimo e Diciottesimo secolo, il duro lavoro di disincanto delle violenze belliche. Finiscono le "guerre giuste", che lo sono perché rivendicano, con la benedizione di sant'Agostino e san Tommaso, un Bene universale e ristabiliscono la divina e incontestabile armonia della creazione. Mettendo al bando le crociate fatte in nome di Dio, l'Europa pensante ha concepito la possibilità di operazioni contro il male, guerre non più teologicamente giuste ma esistenzialmente necessarie, giudicate, a torto o a ragione, di sopravvivenza. La legittima difesa, individuale o collettiva, ne è l'esempio principe: non tutte le guerre si equivalgono. Aggredire o preparare un'aggressione, rispondere a un aggressore o prevenirlo, costituiscono due opzioni moralmente e giuridicamente antinomiche. Stanchi di disputare sui fini ultimi addotti da ciascuno dei campi schierati in battaglia, senza più interrogarsi all'infinito sulla sincerità dei combattenti e l'autenticità delle loro "cause", ci si è concentrati sul modo di usare armi ed eserciti. Azioni illecite furono definite in contrasto con altre tacitamente ammesse. Si detronizzò il diritto "di" guerra (jus ad bellum, diritto di muovere una guerra legittima) in favore del diritto "nella" guerra (jus in bello, trattamento corretto o meno dei prigionieri, dei feriti, delle popolazioni). Si statuì che la legge delle guerre concerne più il come che il perché, e che esse sono ammissibili o condannabili secondo il modo di operare. Le ragioni della guerra, oggetto di ogni suspicione, furono messe da parte, mentre divennero centrali le modalità della guerra.
La prima versione dello jus in bello definì le guerre "regolate" che si dichiaravano (e tentavano di disciplinare) le monarchie "illuminate" prerivoluzionarie. Sappiamo con quante sbavature. La seconda versione, clausewitziana, postulava che ogni grande nazione, giocando su un grande spazio e su una durata prolungata, si dotasse di una strategia di difesa che le risparmiava dal tirare il primo colpo e le metteva al riparo da sorprese disastrose. La vittoria francese del 1918 e quella russa del 1945 furono le ultime di quest'epoca strategica. Terza versione, la dissuasione nucleare, che a sua volta ignora i fini ultimi ("la guerra fredda è una guerra limitata, limitazione che poggia non sulla posta in gioco, ma sui mezzi impiegati dai belligeranti", scriveva Raymond Aron). Versione numero quattro, l'attuale dissuasione antiterrorista che promette operazioni, addirittura guerre, umanitarie Bosnia, Kosovo, Afghanistan, Iraq. E' indispensabile, infatti, che le democrazie vigilanti e preoccupate della loro sopravvivenza a lungo termine blocchino, se necessario con guerre limitate, il divampare potenzialmente illimitato della peste terrorista.
Una guerra umanitaria è una contraddizione in termini, la sua violenza genera danni assai poco umanitari. Bisogna giudicarla nei fatti. Non è una crociata del Bene, e se gli capita di camuffarsi con vesti messianiche si rovina con le proprie mani, perché il terrorismo non esiterà a rincarare la dose, accumulando mete e promesse paradisiache. La lotta antiterrorista deve essere colta "in vivo", nei mezzi che mette in opera e nell'obiettivo che persegue. Poiché il terrorismo è una guerra contro i civili, la pratica antiterrostica deve essere al servizio dei civili, compreso lo stile dei bombardamenti, delle battaglie, delle manovre di cui si avvale. Lo si è constatato a Belgrado, a Kabul, a Baghdad. Non a Grozny, nello stesso periodo. Il falso ingenuo, che sistematicamente fa confusione, se ne infischia delle donne, dei bambini, dei civili risparmiati o meno. E discredita se stesso.
Esiste, da qualche parte, un superpotere che governa il pianeta? E' quello che imprudentemente fanno pensare di sé i membri del G8, ed è quello che, per contrasto, rafforza la convinzione del militante "anti" e "per un'altra" globalizzazione, che contesta la loro gestione e si augura di sostituirle la propria, quella dei "popoli" nutriti di buone ricette. Lo stesso presupposto anima anche gli apostoli della legittimità assoluta dell'Onu, eretta a coscienza mondiale, in attesa di diventare la potenza universale di fronte agli Stati Uniti che sembrano averle scippato il ruolo. Così la vox populi è invitata, dal gran mondo, dall'antimondo e dall'altro mondo, a salire alle altezze di un Quartier Generale che, nel bene e nel male, sente di dovere dirigere l'universo nel suo insieme.
Il pregiudizio politicamente corretto, comune al laudatore e al critico dell'ordine mondiale stabilito, è che questo ordine esiste e a prescriverlo è un sovrano, che decide per tutti del bene o del male di tutti. L'onnipotenza di un preteso sovrano assoluto il malvagio "capitale" o le fastose e future democrazie dei popoli, di cui l'Onu, composta per tre quarti da dittature, sarebbe l'immacolato parlamento obbliga ciascuno a dimenticarsi di sé per giudicare come Dio del governo globale degli affari umani. Chi giudica? Né io né te, ma una coscienza collettiva che fonde sei miliardi di terrestri. Una così fantasmagorica istanza permette a qualsiasi ventriloquo, più o meno diplomato, di considerare all'improvviso le proprie opinioni particolari come la voce dell'Umanità.
Un sovrano decide tutto per tutti. Si è dovuto attendere il Ventesimo secolo perché una concezione così integrale della dittatura fosse professata ex cathedra. Carl Schmitt se ne fa portavoce, pretendendo che un tale "decisionismo" compia e coroni il "diritto delle genti" dell'Europa classica. Dalla monarchia assolutista, di cui il Leviatano di Hobbes costituisce il manifesto, fino allo Stato nazista illustrato dal Mein Kampf di Hitler, la conseguenza sarà scontata. Chi giudica? Colui che decide: il Sovrano, il Führer.
Seguiamo attentamente i dottrinari sulfurei fino al punto in cui si contraddicono. Nel 1938, all'acme del suo nazismo, Carl Schmitt ripudiò il predecessore al quale fino a quel momento si era richiamato. No, Hobbes ha un bel teorizzare una monarchia autoritaria ma non va a fondo del suo progetto. Verme nella mela, un'ultima libertà di coscienza distrugge il suo edificio con "un lavoro di sabotaggio del potere statuale". Ossia, nel gergo dell'epoca, una faglia mortale in cui si riversa il "liberalismo moderno" e lo "spirito ebraico" (ovvero Spinoza). Cioè: la separazione dell'esteriore e dell'interiore, del pubblico e del privato, che corrisponde già alla "convinzione generale dell'intera classe colta". Formidabile rivelazione: il "sovranismo" totalitario del Ventesimo secolo non prolunga ma prende in contropiede la politica dell'Occidente moderno. Come? Stabilendo che il cittadino non giudica "la mia coscienza è Hitler", Goebbels dixit mentre anche il più assolutista dei monarchi preservava per il cittadino un foro interiore, un'inalienabile facoltà d'iniziativa e di decisione, e affermava che l'uomo divenuto cittadino conserva come uomo un diritto di resistenza che non può trasmettere allo Stato e che non riceve da esso.
Chi giudica in ultima istanza? L'individuo. Che pensa in solitudine, soffre nell'isolamento del proprio corpo e muore di una morte che nessuno può sottrargli. Un nemico, collettivo o individuale, può togliergli la vita, ma non privarlo della "sua" morte. All'improvviso, sottolinea Hobbes, egli farà della propria finitezza la misura di tutte le cose, comprese le decisioni dello Stato-Leviatano, e giudicherà il preteso giudice supremo. Il decisore ultimo è il semplice cittadino che si sottomette o si ribella.
L'irriducibile libertà individuale, potere di sé su di sé, è il bersaglio, lo si è visto, del terrorismo contemporaneo. Di conseguenza, la resistenza antiterroristica dipende obbligatoriamente da una decisione, in ultima istanza, individuale e non da un sovrano statuale o sovrastatuale. Ma incoronare il giudizio individuale come giudizio ultimo non è forse aprire le porte all'arbitrio e all'anarchia? Sì, se il problema è decidere il meglio e imbarcarsi in una crociata del bene. No, se si tratta di resistere a un male e di scegliere i mezzi, anche violenti, di questa resistenza. L'individuo può ingannarsi a volontà in materia di felicità, e i paradisi artificiali non mancano mai, tanto che la politica occidentale disillude le fedi al punto che immaginare il paradiso diventa un affare privato. D'altra parte, essa fa dell'individuo il giudice della propria infelicità. La verità della sofferenza e della morte, più che le illusioni di una vita perfetta, orientano le decisioni fondamentali dell'esistenza. "La cosa migliore in politica è immaginare il peggio, quando si tratta di premunirsi e di difendersi", afferma Leibniz, meno "ottimista" di quanto non si creda.
L'individuo occidentale è invitato a costruire una sorta di scala del peggio. Come la scala Richter dei sismologi, che classifica i terremoti per intensità crescente, allo stesso modo l'individuo comune misura i mali con il metro dell'intensità e distruttività. Chi s'instaura giudice del proprio male può confrontare le sofferenze, gerarchizzarle e valutare l'urgenza o meno di resistere. Secondo Leibniz, "la morale stessa permette questa politica quando il male che si teme è grande, cioè quando la pretesa della sicurezza non causa mali più grandi del male". Traducendo: Saddam Hussein è un pericolo, fargli la guerra è rischioso, confrontiamo i due mali dal punto di vista di chi li subisce e scegliamo il minore. Leibniz, Wolfowitz e il modesto autore di questo saggio si richiamano agli stessi criteri di giudizio. () Le fosse comuni spalancate a Baghdad sembrano dar loro ragione.
Il termine "civilizzazione" fece la sua comparsa dopo il 1750, in Francia, per la penna di Mirabeau (padre), e in Inghilterra con Adam Ferguson. Il linguista distingue due modi di interpretare la parola. Può significare una situazione stabile o un processo. In entrambi i casi fa coppia con una parola contraria, che a sua volta designa uno stato (rusticità contro urbanità, villania contro cortesia, rozzezza contro civiltà) o un atto (barbarie, selvatichezza). L'affermazione che noi siamo, per nascita, per eredità o per naturale maturazione, "civilizzati", nutre narcisismi, si presta al ridicolo e, ancor più grave, suscita paranoie colonialiste. Lo stato civilizzato ci proietta con l'immaginazione al vertice dell'evoluzione umana; la sciocca presunzione di vivere la fine della storia acceca le società che si beano nel vedersi così belle e non sanno di essere vulnerabili. In compenso, l'accezione dinamica civilizzazione come atto del civilizzare apre un insieme di compiti e implica la necessità di una strategia. Di colpo, "civilizzato" e "non civilizzato" non designano più due condizioni che riposano ciascuna in se stessa e coesistono tranquillamente (). La civilizzazione-azione non si oppone all'assenza di civiltà ma a forze anti-civiltà che minacciano di distruggerla. Riconosciuta come la più fondamentale delle lotte condotte dall'occidente illuminato, la civilizzazione non è la pace, ma è capace di guerre. Poiché tenta di civilizzare le violenze parossistiche, essa deve controllare le guerre illimitate che minacciano le sue città. Questa necessità non è l'invenzione maligna dei "falchi di Washington". Ne parlava Aristotele, e Ferguson vi riconosce il carattere essenziale dell'Europa dei Lumi: "Abbiamo perfezionato le leggi della guerra e i palliativi escogitati per addolcirne i rigori. Abbiamo mescolato la cortesia all'arte della spada e abbiamo imparato a fare la guerra sotto le clausole dei trattati c'è più gloria a salvare e a proteggere il vinto che a distruggerlo Forse è questo il principale tratto grazie al quale, per le nazioni moderne, si può parlare di nazioni civilizzate o incivilite". Le ricadute sono sempre possibili.
La civiltà è una doppia scommessa: contro chi la nega e minaccia di annientarla e contro se stessa, troppo spesso complice della propria scomparsa. Il passato si allontana a Bangkok come a Roma, il futuro esita a Parigi come a New York, il nostro pianeta errante diventa un tutto unico. Insolita comunità di vertigini, unificata dall'angoscia di una responsabilità che non potrebbe essere più condivisa. Dopo Parmenide, Amleto e Hiroshima, la civiltà si risveglia e si rivela là dove s'incrociano il cammino dell'essere e quello del non essere. Noi siamo lì. Ovest contro Ovest.
André Glucksmann
(traduzione di Nicoletta Tiliacos)
IL FOGLIO, 6 settembre 2003
La peste terrorista, portato della lunga durata delle tragedie del Ventesimo secolo, non può essere ridotta alla brusca trovata di un cervello esaltato, non è la "guerra di bin Laden", di al Qaeda o di qualche emulo, ma molto di più. Non è una o tante guerre, ma si rivela, a livello planetario, come uno "stato di guerra". Così il Diciottesimo secolo definì il rapporto di belligeranza sotteso alla coeistenza delle potenze europee, sia in condizioni di tregua che di aperta ostilità. Allo stesso modo, il terrorismo odierno non nasce da questa o quella guerra, ma si produce e riproduce a partire da uno stato generalizzato di guerra, dall'intreccio universale delle capacità di nuocere sul piano fisico e mentale, latente o effettivo. Da qui, un'inevitabile tendenza al contagio per rivalità o imitazione, che impedisce di attribuire a un unico focolaio un'infezione così generalizzata.
Il pericolo immediato è di cedere al panico, nel tentativo di occultare la dura realtà della sfida. Primo delirio di negazione: quello degli antiamericani che leggono nei fondi del caffè e predicono dottamente che se "l'Impero" è stato punito per i suoi peccati, i semplici cittadini, "lavoratori e lavoratrici", non hanno nulla da temere, perché la cosa non li riguarda.
Un secondo delirio, stavolta antimusulmano, stigmatizza in blocco un miliardo e trecento milioni di terrestri che non hanno beneficiato della rivelazione giudaico-cristiana. Come se l'integralismo islamista non attaccasse in primo luogo i musulmani, in Afghanistan come in Algeria, o al Qaida non reclutasse tra gli strati più occidentalizzati dell'Arabia e dell'Egitto. Bin Laden inganna la sua gente, Oriana Fallaci e molti altri s'ingannano invocando il conflitto di civiltà e la guerra di religione. Il terrorismo integralista non è un'arcaica ossessione per un passato superato. Gli angeli sterminatori sorgono dalla faccia oscura, massacratrice e nauseabonda della nostra ipermodernità. Il "fratello" islamico che sacrifica gli altri e se stesso è il gemello del bolscevico della Ceka e il doppio dell'eroe fascista che grida "viva la morte!". Saddam Hussein è il clone di tutti e tre.
Terzo delirio: quello degli sradicatori statalisti, che coltivano l'ingenuità di credere che il terrorismo sia appannaggio esclusivo degli irregolari senza Stato. Dimenticano cosa è successo appena ieri, il nostro passato più recente, il sanguinoso Ventesimo secolo con le sue ideologie devastatrici, i suoi Stati terroristi, e rifiutano la realtà di oggi: consideriamo, ancora una volta, il palmarès dell'esercito russo in Cecenia o quello di Kim Jong II Quarto delirio: quello di chi denuncia la povertà come causa del terrorismo. La stessa campana suona nei forum dei globalizzatori (Davos) e nei contro-forum paralleli (Porto Alegre): quando la miseria dei popoli sarà eliminata, con sistemi liberali oppure con procedure moral-sociali, il terrore sparirà dal mondo. Permettete qualche obiezione.
Da una parte questa affermazione è un insulto: i poveri non sono tutti terroristi, né in procinto di diventarlo. A Omar Sheik, il boia del giornalista Daniel Pearl, l'essere uscito dalle migliori scuole londinesi non ha impedito di fare letteralmente a pezzi la sua vittima. I piloti assassini dell'11 settembre erano rampolli di buona famiglia. Gli assassini del Gia hanno scoperto la loro vocazione perlopiù negli istituti scientifici di Algeri Desolato, ma le truppe di carnefici si reclutano piuttosto tra i garantiti e gli alfabetizzati. D'altra parte, se il terrore non viene bloccato prima dell'auspicabile e universale estinzione della povertà, tutti, poveri e privilegiati, in attesa di quel benedetto giorno saranno giustiziati. Il terrorismo va spiritualmente e materialmente combattuto in modo aperto. Battaglia di idee e prova di forza sul campo sono inevitabili per chi voglia sopravvivere.
Il finto ingenuo falsamente indignato, che si stupisce: "Perché chi plaude ai bombardamenti di Baghdad e Belgrado protesta contro quelli di Grozny?", trova la sua risposta all'angolo della strada. Se ne vada, naso in aria, a bighellonare nelle città di cui parla. Le prime due oggi respirano, e gli abitanti gli parleranno con calma e liberamente: se vorranno gridare, grideranno, se vorranno protestare, lo faranno (il primo giugno del 2003, a Baghdad, abbiamo potuto vedere, prima assoluta nella storia bellica, tremila soldati di un esercito sconfitto manifestare in tutta libertà per reclamare la loro paga: cosa di meglio?). Se vorranno festeggiare, lo faranno, così come se vorranno andarsene alla moschea, in chiesa, al caffè Non rimpiangono i loro dittatori decaduti, che hanno passivamente o attivamente contribuito ad abbattere. Sono usciti dalla loro piccola e grande morte. Le loro rispettive capitali non sono ammassi di rovine. Come Grozny, città morta che si visita in fuoristrada o in tank, scortati da soldati russi. Domandate ai "missi dominici" del Consiglio d'Europa, dell'Ocse e agli altri rari funzionari internazionali che vi si arrischiano, di raccontarvi le delizie turistiche in quello che fu un tempo il gioiello del Caucaso. A meno che non ci si intrufoli da clandestini, sans papiers, senza visto, senza protezione, come quel manipolo di giornalisti che affrontano i pericoli che il nostro falso ingenuo non vuole correre. Perché non ha bisogno di vedere, non ha bisogno di esaminare i danni, non ha bisogno di analizzare i risultati. Sa in anticipo che una guerra è una guerra, una vale l'altra, à la guerre comme à la guerre, o si distrugge tutto o non si ottiene niente. La pigrizia di pensare, camuffata da saggezza da imbecilli, serve da morbido guanciale all'adulatore dei prìncipi, che lava ogni loro carneficina, e all'imperativo della pace, che mette sullo stesso piano i boia, le vittime e gli eserciti che si schierano per gli uni o per le altre.
Da che l'uomo è uomo e la pietra viene tagliata, bisogna distinguere tra conflitti ripugnanti e altri che, volenti o nolenti, ci si ritiene costretti a ingaggiare. Si può, mano sul cuore, preferire la pace, ma il dilemma non è eliminato per questo. "Un conquistatore è sempre amico della pace vorrà pur entrare nel nostro stato senza opposizione" (Clausewitz), e chi vuole sfuggire all'oppressione o alla schiavitù non può escludere una resistenza violenta. "L'intelligente" che rifiuta di distinguere la guerre da fare da quelle da non fare, sbeffeggia e cade. Capitola di fronte alla difficoltà di riconoscere una scala di preferenze che gerarchizzi le violenze, tutte sanguinose e crudeli. Quindi conviene non raddoppiare l'imbarazzo e dargli ragione, inebriandosi dell'ideale di una "guerra giusta".
La pretesa di "giustificare" l'impiego delle armi per motivi teologici fu abbandonata da un Occidente in via di laicizzazione. Una serie di grandi giureconsulti europei orientano, tra Sedicesimo e Diciottesimo secolo, il duro lavoro di disincanto delle violenze belliche. Finiscono le "guerre giuste", che lo sono perché rivendicano, con la benedizione di sant'Agostino e san Tommaso, un Bene universale e ristabiliscono la divina e incontestabile armonia della creazione. Mettendo al bando le crociate fatte in nome di Dio, l'Europa pensante ha concepito la possibilità di operazioni contro il male, guerre non più teologicamente giuste ma esistenzialmente necessarie, giudicate, a torto o a ragione, di sopravvivenza. La legittima difesa, individuale o collettiva, ne è l'esempio principe: non tutte le guerre si equivalgono. Aggredire o preparare un'aggressione, rispondere a un aggressore o prevenirlo, costituiscono due opzioni moralmente e giuridicamente antinomiche. Stanchi di disputare sui fini ultimi addotti da ciascuno dei campi schierati in battaglia, senza più interrogarsi all'infinito sulla sincerità dei combattenti e l'autenticità delle loro "cause", ci si è concentrati sul modo di usare armi ed eserciti. Azioni illecite furono definite in contrasto con altre tacitamente ammesse. Si detronizzò il diritto "di" guerra (jus ad bellum, diritto di muovere una guerra legittima) in favore del diritto "nella" guerra (jus in bello, trattamento corretto o meno dei prigionieri, dei feriti, delle popolazioni). Si statuì che la legge delle guerre concerne più il come che il perché, e che esse sono ammissibili o condannabili secondo il modo di operare. Le ragioni della guerra, oggetto di ogni suspicione, furono messe da parte, mentre divennero centrali le modalità della guerra.
La prima versione dello jus in bello definì le guerre "regolate" che si dichiaravano (e tentavano di disciplinare) le monarchie "illuminate" prerivoluzionarie. Sappiamo con quante sbavature. La seconda versione, clausewitziana, postulava che ogni grande nazione, giocando su un grande spazio e su una durata prolungata, si dotasse di una strategia di difesa che le risparmiava dal tirare il primo colpo e le metteva al riparo da sorprese disastrose. La vittoria francese del 1918 e quella russa del 1945 furono le ultime di quest'epoca strategica. Terza versione, la dissuasione nucleare, che a sua volta ignora i fini ultimi ("la guerra fredda è una guerra limitata, limitazione che poggia non sulla posta in gioco, ma sui mezzi impiegati dai belligeranti", scriveva Raymond Aron). Versione numero quattro, l'attuale dissuasione antiterrorista che promette operazioni, addirittura guerre, umanitarie Bosnia, Kosovo, Afghanistan, Iraq. E' indispensabile, infatti, che le democrazie vigilanti e preoccupate della loro sopravvivenza a lungo termine blocchino, se necessario con guerre limitate, il divampare potenzialmente illimitato della peste terrorista.
Una guerra umanitaria è una contraddizione in termini, la sua violenza genera danni assai poco umanitari. Bisogna giudicarla nei fatti. Non è una crociata del Bene, e se gli capita di camuffarsi con vesti messianiche si rovina con le proprie mani, perché il terrorismo non esiterà a rincarare la dose, accumulando mete e promesse paradisiache. La lotta antiterrorista deve essere colta "in vivo", nei mezzi che mette in opera e nell'obiettivo che persegue. Poiché il terrorismo è una guerra contro i civili, la pratica antiterrostica deve essere al servizio dei civili, compreso lo stile dei bombardamenti, delle battaglie, delle manovre di cui si avvale. Lo si è constatato a Belgrado, a Kabul, a Baghdad. Non a Grozny, nello stesso periodo. Il falso ingenuo, che sistematicamente fa confusione, se ne infischia delle donne, dei bambini, dei civili risparmiati o meno. E discredita se stesso.
Esiste, da qualche parte, un superpotere che governa il pianeta? E' quello che imprudentemente fanno pensare di sé i membri del G8, ed è quello che, per contrasto, rafforza la convinzione del militante "anti" e "per un'altra" globalizzazione, che contesta la loro gestione e si augura di sostituirle la propria, quella dei "popoli" nutriti di buone ricette. Lo stesso presupposto anima anche gli apostoli della legittimità assoluta dell'Onu, eretta a coscienza mondiale, in attesa di diventare la potenza universale di fronte agli Stati Uniti che sembrano averle scippato il ruolo. Così la vox populi è invitata, dal gran mondo, dall'antimondo e dall'altro mondo, a salire alle altezze di un Quartier Generale che, nel bene e nel male, sente di dovere dirigere l'universo nel suo insieme.
Il pregiudizio politicamente corretto, comune al laudatore e al critico dell'ordine mondiale stabilito, è che questo ordine esiste e a prescriverlo è un sovrano, che decide per tutti del bene o del male di tutti. L'onnipotenza di un preteso sovrano assoluto il malvagio "capitale" o le fastose e future democrazie dei popoli, di cui l'Onu, composta per tre quarti da dittature, sarebbe l'immacolato parlamento obbliga ciascuno a dimenticarsi di sé per giudicare come Dio del governo globale degli affari umani. Chi giudica? Né io né te, ma una coscienza collettiva che fonde sei miliardi di terrestri. Una così fantasmagorica istanza permette a qualsiasi ventriloquo, più o meno diplomato, di considerare all'improvviso le proprie opinioni particolari come la voce dell'Umanità.
Un sovrano decide tutto per tutti. Si è dovuto attendere il Ventesimo secolo perché una concezione così integrale della dittatura fosse professata ex cathedra. Carl Schmitt se ne fa portavoce, pretendendo che un tale "decisionismo" compia e coroni il "diritto delle genti" dell'Europa classica. Dalla monarchia assolutista, di cui il Leviatano di Hobbes costituisce il manifesto, fino allo Stato nazista illustrato dal Mein Kampf di Hitler, la conseguenza sarà scontata. Chi giudica? Colui che decide: il Sovrano, il Führer.
Seguiamo attentamente i dottrinari sulfurei fino al punto in cui si contraddicono. Nel 1938, all'acme del suo nazismo, Carl Schmitt ripudiò il predecessore al quale fino a quel momento si era richiamato. No, Hobbes ha un bel teorizzare una monarchia autoritaria ma non va a fondo del suo progetto. Verme nella mela, un'ultima libertà di coscienza distrugge il suo edificio con "un lavoro di sabotaggio del potere statuale". Ossia, nel gergo dell'epoca, una faglia mortale in cui si riversa il "liberalismo moderno" e lo "spirito ebraico" (ovvero Spinoza). Cioè: la separazione dell'esteriore e dell'interiore, del pubblico e del privato, che corrisponde già alla "convinzione generale dell'intera classe colta". Formidabile rivelazione: il "sovranismo" totalitario del Ventesimo secolo non prolunga ma prende in contropiede la politica dell'Occidente moderno. Come? Stabilendo che il cittadino non giudica "la mia coscienza è Hitler", Goebbels dixit mentre anche il più assolutista dei monarchi preservava per il cittadino un foro interiore, un'inalienabile facoltà d'iniziativa e di decisione, e affermava che l'uomo divenuto cittadino conserva come uomo un diritto di resistenza che non può trasmettere allo Stato e che non riceve da esso.
Chi giudica in ultima istanza? L'individuo. Che pensa in solitudine, soffre nell'isolamento del proprio corpo e muore di una morte che nessuno può sottrargli. Un nemico, collettivo o individuale, può togliergli la vita, ma non privarlo della "sua" morte. All'improvviso, sottolinea Hobbes, egli farà della propria finitezza la misura di tutte le cose, comprese le decisioni dello Stato-Leviatano, e giudicherà il preteso giudice supremo. Il decisore ultimo è il semplice cittadino che si sottomette o si ribella.
L'irriducibile libertà individuale, potere di sé su di sé, è il bersaglio, lo si è visto, del terrorismo contemporaneo. Di conseguenza, la resistenza antiterroristica dipende obbligatoriamente da una decisione, in ultima istanza, individuale e non da un sovrano statuale o sovrastatuale. Ma incoronare il giudizio individuale come giudizio ultimo non è forse aprire le porte all'arbitrio e all'anarchia? Sì, se il problema è decidere il meglio e imbarcarsi in una crociata del bene. No, se si tratta di resistere a un male e di scegliere i mezzi, anche violenti, di questa resistenza. L'individuo può ingannarsi a volontà in materia di felicità, e i paradisi artificiali non mancano mai, tanto che la politica occidentale disillude le fedi al punto che immaginare il paradiso diventa un affare privato. D'altra parte, essa fa dell'individuo il giudice della propria infelicità. La verità della sofferenza e della morte, più che le illusioni di una vita perfetta, orientano le decisioni fondamentali dell'esistenza. "La cosa migliore in politica è immaginare il peggio, quando si tratta di premunirsi e di difendersi", afferma Leibniz, meno "ottimista" di quanto non si creda.
L'individuo occidentale è invitato a costruire una sorta di scala del peggio. Come la scala Richter dei sismologi, che classifica i terremoti per intensità crescente, allo stesso modo l'individuo comune misura i mali con il metro dell'intensità e distruttività. Chi s'instaura giudice del proprio male può confrontare le sofferenze, gerarchizzarle e valutare l'urgenza o meno di resistere. Secondo Leibniz, "la morale stessa permette questa politica quando il male che si teme è grande, cioè quando la pretesa della sicurezza non causa mali più grandi del male". Traducendo: Saddam Hussein è un pericolo, fargli la guerra è rischioso, confrontiamo i due mali dal punto di vista di chi li subisce e scegliamo il minore. Leibniz, Wolfowitz e il modesto autore di questo saggio si richiamano agli stessi criteri di giudizio. () Le fosse comuni spalancate a Baghdad sembrano dar loro ragione.
Il termine "civilizzazione" fece la sua comparsa dopo il 1750, in Francia, per la penna di Mirabeau (padre), e in Inghilterra con Adam Ferguson. Il linguista distingue due modi di interpretare la parola. Può significare una situazione stabile o un processo. In entrambi i casi fa coppia con una parola contraria, che a sua volta designa uno stato (rusticità contro urbanità, villania contro cortesia, rozzezza contro civiltà) o un atto (barbarie, selvatichezza). L'affermazione che noi siamo, per nascita, per eredità o per naturale maturazione, "civilizzati", nutre narcisismi, si presta al ridicolo e, ancor più grave, suscita paranoie colonialiste. Lo stato civilizzato ci proietta con l'immaginazione al vertice dell'evoluzione umana; la sciocca presunzione di vivere la fine della storia acceca le società che si beano nel vedersi così belle e non sanno di essere vulnerabili. In compenso, l'accezione dinamica civilizzazione come atto del civilizzare apre un insieme di compiti e implica la necessità di una strategia. Di colpo, "civilizzato" e "non civilizzato" non designano più due condizioni che riposano ciascuna in se stessa e coesistono tranquillamente (). La civilizzazione-azione non si oppone all'assenza di civiltà ma a forze anti-civiltà che minacciano di distruggerla. Riconosciuta come la più fondamentale delle lotte condotte dall'occidente illuminato, la civilizzazione non è la pace, ma è capace di guerre. Poiché tenta di civilizzare le violenze parossistiche, essa deve controllare le guerre illimitate che minacciano le sue città. Questa necessità non è l'invenzione maligna dei "falchi di Washington". Ne parlava Aristotele, e Ferguson vi riconosce il carattere essenziale dell'Europa dei Lumi: "Abbiamo perfezionato le leggi della guerra e i palliativi escogitati per addolcirne i rigori. Abbiamo mescolato la cortesia all'arte della spada e abbiamo imparato a fare la guerra sotto le clausole dei trattati c'è più gloria a salvare e a proteggere il vinto che a distruggerlo Forse è questo il principale tratto grazie al quale, per le nazioni moderne, si può parlare di nazioni civilizzate o incivilite". Le ricadute sono sempre possibili.
La civiltà è una doppia scommessa: contro chi la nega e minaccia di annientarla e contro se stessa, troppo spesso complice della propria scomparsa. Il passato si allontana a Bangkok come a Roma, il futuro esita a Parigi come a New York, il nostro pianeta errante diventa un tutto unico. Insolita comunità di vertigini, unificata dall'angoscia di una responsabilità che non potrebbe essere più condivisa. Dopo Parmenide, Amleto e Hiroshima, la civiltà si risveglia e si rivela là dove s'incrociano il cammino dell'essere e quello del non essere. Noi siamo lì. Ovest contro Ovest.
André Glucksmann
(traduzione di Nicoletta Tiliacos)
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